5 minutes, c’est pas longtemps…

5 minutes, c’est pas longtemps.

Enfin ça dépend.

Ça peut parfois être long, 5 minutes. Si si ! 5 minutes sur le fauteuil du dentiste. 5 minutes devant un examinateur quand on a plus rien à lui dire. 5 minutes dans un bouchon quand le feu est rouge et que le petit dernier a choisi ce moment pour hurler à l’arrière.

Le plus souvent cependant, 5 minutes, c’est court. Je me dépêche, j’arrive dans 5 minutes. Je passe vite fait 5 minutes acheter le pain. Laisse-moi juste 5 minutes pour terminer mon jeu et j’éteins. Allez, encore 5 minutes avant d’aller me coucher ! Non, reste encore 5 minutes pour me faire un gros câlin avant de partir. Quoi, 5 minutes seulement pour me faire comprendre, j’aurai jamais le temps !

5 minutes, c’est pas longtemps.

Nous sommes pour la plupart d’entre nous pris dans le tourbillon de la vie, et nous nous laissons dominer avec bonheur par la dictature de temps, habitués que nous sommes à courir depuis tout petit. J’exagère ? Je vous invite à vous observer avec honnêteté et bienveillance dans votre quotidien avec votre entourage. Dépêche-toi ! On va être en retard ! Allez, file, plus vite ! C’est pas encore fini ? Bon, t’attends quoi ? Ne perds pas de temps !

Notre société s’accélère, entrant dans l’instantanéité, dans le culte de l’immédiateté. Est-ce un bien ou un mal ? Ça dépend, non ?

Je vis avec mon temps (!), avec le progrès, j’en profite et j’apprécie. J’apprécie de faire un ordre de virement bancaire à minuit et que le virement soit immédiat. J’apprécie de faire mes courses en drive à n’importe quelle heure, et de passer les chercher en vitesse en rentrant à la maison. J’apprécie de faire Lille – Aix en Provence en 4h30 de TGV. J’apprécie de pouvoir envoyer ma production à mes clients en pleine nuit en un clic, en ayant l’impression que parce que je l’ai envoyé, la production a été lue, comprise, validée dans l’instant. Que les actions proposées sont donc déjà lancées, bien sûr, puisque la commande devait être réalisée pour … hier.

J’apprécie quand ma journée se déroule conformément au planning minuté que j’ai élaboré la veille ou dans la nuit. J’apprécie quand rien ne vient entraver cette merveilleuse course contre la montre que représente la journée type du parent qui travaille. Ou celle du retraité qui n’a jamais assez de temps. Ou encore de l’adulte en charge d’un proche dépendant. Dans cette course folle, chaque minute compte. Il suffit cependant qu’un grain de sable vienne enrayer la mécanique pour que le drame pointe son nez. La panne de voiture. L’ordinateur qui plante. Le cours de musique de la petite dernière qui déborde sur l’horaire. Le directeur qui est en retard et qui décale l’heure de notre entretien. Un grain de sable, et le stress monte, incontrôlable. L’impatience gronde, les esprits s’échauffent, les pieds trépignent.

Je vais vous livrer une image qui s’est imposée à moi depuis que j’ai quitté l’entreprise qui m’a vue grandir. Plus je prenais du recul, plus l’heure du départ approchait, plus ma messagerie se vidait, plus les réunions se déroulaient sans moi petit à petit, plus j’observai mes collègues de travail.

M’étant moi-même mise à l’arrêt, j’ai commencé à pouvoir regarder les autres courir. Courir d’une réunion à l’autre, d’un rendez-vous à l’autre, d’un dossier à l’autre, d’un mail à l’autre. Courir après quoi ? Après qui ? Courir de plus en plus vite.

Comme des mignons petits cobayes qui tournent sans fin dans la roue de leur cage. Courir encore et toujours, garder le rythme quoiqu’il arrive, au risque d’être éjecté. Ou de tomber d’épuisement. Ce moment où le corps s’arrête et sauve la vie en empêchant la personne de se lever, de marcher, de faire encore un pas. Le corps se met en mode survie, en pause. Cela porte un nom aujourd’hui, ce nom qu’il a fallu inventer pour nommer cette nouvelle pathologie qui touche nos actifs qui auraient autrefois été qualifiés d’hyperactifs, et qui sont aujourd’hui les héros _ les hérauts ?_de la société moderne. Cette pathologie, vous l’avez compris c’est le burn-out.

Un nouveau mot pour dire que décidément, notre société est malade du temps. Et moi ?

Face à ce constat, je prends 5 minutes pour reprendre mon souffle. Pour digérer cette information. Pour réfléchir à ce que cela implique pour moi, dans ma vie à moi.

Finalement, le temps, ça nous file entre les doigts. Comme du sable.

Tout va toujours trop vite, ou trop lentement. Peut-être comme moi aimeriez-vous éviter de perdre votre temps dans des conversations ou des relations stériles, gagner du temps en évitant de réaliser toute un tas de gestes ou de discussions qui vous paraissent inutiles, prendre votre temps pour une fois.

5 minutes, décidément, c’est pas longtemps.

Pas longtemps quand c’est le seul temps qui me reste pour …. ne rien faire. Pour arrêter de faire et enfin commencer à être.

Prendre le temps de lire, de regarder la vie qui s’écoule autour de nous et en nous.

Prendre le temps d’être. Etre avec soi-même d’abord, et ce n’est pas si simple. Etre avec les autres aussi. Etre avec eux, pas seulement faire avec eux. Etre là, à l’ombre du tilleul, confortablement installés avec une orangeade et une petite brise. Etre là, complètement soi, complétement avec l’autre. Disponible à soi et disponible à l’autre. Débranchez vos téléphones, installez-vous confortablement où que vous soyez. Fermez les yeux et essayez. Essayez de ne rien faire, rien du tout.

Essayez. Juste 5 minutes, c’est pas longtemps !

Et peut être alors aurez-vous comme moi l’envie de recommencer, encore et encore. Envie de descendre de la roue ou simplement de ralentir le rythme de la course folle. Envie d’être, et de savourer ce qui se passe en vous et autour de vous juste là, ici et maintenant.

Peut-être alors laisserons nous venir à notre esprit des pensées profondes sur ce qui est vraiment important pour nous. Peut-être arriverons nous à prendre le temps de descendre à l’intérieur de nous, sereinement, sans crainte. Peut-être arriverons nous à prendre le temps de nous regarder dans notre miroir intérieur. Peut-être alors l’écho d’un mot, d’un exposé, d’une discussion sincère et bienveillante nous aidera à avancer dans notre réflexion.

5 minutes, c’est pas longtemps. Pas longtemps pour avancer sur le chemin qui nous amène à devenir ce que nous sommes.

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