« Cours de pilates adapté en mode dégradé » : l’intitulé du mail de ma kiné préférée attire immédiatement mon attention. Elle teste un cours en live via une plateforme gratuite, relativement intuitive et simple d’accès. En fait de mode « dégradé », il s’agit de continuer à me permettre de continuer à m’occuper de ma santé à distance, malgré le Virus. C’est ainsi que j’ai été pour la première fois amenée à suivre un cours à distance, malgré mes réticences. Ma ceinture abdominale s’en souvient ce matin, et pas en mode dégradé, elle !

Quelques cogitations nocturnes plus loin, je m’interroge sur l’intitulé de son mail : en quoi la transmission, l’échange, le partage à distance est-il un mode dégradé ?

Instinctivement, tripalement, je regarde depuis quelques temps le développement du tout numérique avec une certaine froideur, pour ne pas dire un rejet certain. Les @learnings, mooc, webinairs et autres chaines vidéo youtube me font l’effet d’un gadget de geeks timides, en manque d’outillages de lien social et rétifs à la relation authentique à l’autre. Pour avoir subi dans une vie antérieure quelques palanquées de cours on-line soporifiques, soi-disant guidée dans mon apprentissage par un personnage infantilisant me parlant comme à une enfant de 7 ans, j’avoue avoir développé une forme d’allergie aux relations professionnelles à distance.

J’ai également pu expérimenter, pendant mes années « manager à distance » les ravages causés par l’exacerbation du non-verbal de la visio conférence. Avez-vous remarqué à quel point le passage par l’image vidéo de plus ou moins bonne qualité met en exergue toutes les inattentions ? Ceux qui en profitent pour faire leurs mails, dessiner, taper un autre texte, bailler aux corneilles, papoter en fond de salle crèvent l’écran. On ne voit qu’eux, sur l’écran de contrôle. De même que toutes les mimiques plus ou moins approbatives sont exagérées, soulignées, mises en lumière. L’image ne ment pas. Il est alors très facile pour le manager transformé en joyeux animateur de se tromper dans ses interprétations, dans ses ressentis. A contrario, comment garder un minimum de dignité et de leadership quand les autres vous voient vous approcher de la caméra le sourcil froncé et la moue râleuse parce que vous avez perdu l’image, le son, la connexion ?

Forte de ce constat négatif, je m’étais depuis quelques années tenue éloignée des NTIC, continuant tout de même à essayer de me tenir au courant du flow, forcée de me mettre à soigner mon image numérique.

Et puis il y eut le confinement. Et le cours de pilates à distance, « en mode dégradé ». Et si notre fonctionnement actuel en « tout à distance » en mode dégradé serait plutôt un mode up gradé ?

Et me voilà lancée en mode « Helen découvre les outils modernes de communication ». Et hop, une vidéo avec présentation powerpoint animée d’une offre à un futur client (du moins j’espère 😊). Et une visio conf à 3 sur une plateforme qui permet de voir en gros plan (qui commence par Z et se termine par om) pour recruter une nouvelle coach pour l’association. Et une conversation avec ma belle sœur australienne, récemment confinée à Melbourne qui vient de créer sa chaîne youtube, seul moyen pour elle, thérapeuthe, de continuer à assurer sa présence auprès des enfants autistes qu’elle accompagne.

J’en ressens instantanément les bienfaits : le lien est là, même avec un.e inconnue que je découvre à l’image. Plus direct. Sans fard. Sans faux semblants. Mon ton parfois tranchant n’est pas adouci par la douceur de mon regard, qui parait encore plus noir à l’écran qu’en vrai. Mes questions, abruptes, sont timées pour tenir dans le court temps de la visio gratuite. Encore plus expéditive qu’en face à face, la Burzlaff ! Mes rides sont en gros plan. Me voilà telle qu’elle, sans faux semblant. J’aime !

Pour un peu, je serais à deux doigts de devenir une fervente défenderesse des relations à distance !

Ceci dit, je reste attachée à la communication mammifère. Vous savez, c’est quand on se voit, qu’on se « flaire », qu’on se ressent, qu’on lit entre les lignes de l’autre, qu’on rit ou qu’on pleure ensemble. En attendant ce retour aux contacts en chair et en os, qui font la richesse de ma relation à l’Autre, je profite de cette nouvelle expérience virtuelle. J’apprends, encore et toujours, en éternelle apprentie.